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1907 : L’Espéranto au Congrès Communiste-Anarchiste International d’Amsterdam


Extrait du compte-rendu analytique :

DIX-SEPTIÈME ET DERNIÈRE SÉANCE

Samedi 31 août, — Séance de l’après-midi.

Cette séance, la dernière du Congrès, se tient par exception, dans une salle du premier étage. Les délégués sont nombreux, autant, sinon plus, qu’au premier jour ; mais on sent une lassitude générale, — la lassitude de toutes les fins de Congrès. Cependant l’ordre du jour n’est pas épuisé, mais tout le monde est d’accord pour en finir au plus vite.

La présidence est conférée à Emma Goldmann.

(...)

On aborde enfin la question dernière : l’Espéranto, Le camarade Chapelier a apporté sur cette question un volumineux rapport, mais il se borne à demander l’adoption de la résolution suivante qu’ont signé avec lui Malatesta et Rogdaev :

Le Congrès Communiste-Anarchiste International d’Amsterdam, considérant :

1. que la multiplicité des langues constitue des frontières intellectuelles et morales et par suite une entrave à la propagation des idées révolutionnaires ;

2. qu’au cours même de ses débats, il a été constaté que les difficultés et les inexactitudes fatales de traduction nous ont fait perdre au moins les trois quarts de notre temps ;

3. que l’emploi dune langue commune faciliterait rechange des communications de l’Internationale Libertaire ;

4. qu’aucune langue vivante ne réunit les conditions nécessaires de neutralité, de facilité et de souplesse ;

5. que de toutes les langues artificielles, l’Esperanto est la seule qui soit sérieusement employée et qui semble être appelée au succès ;

Emet le vœu que tous les anarchistes ou tout au moins les militants étudient l’Esperanto et que dans un avenir prochain nos congrès internationaux puissent se faire en langue internationale.

Amédée Dunois, soutenu par Henri Fuss, se déclare hostile à cette résolution. « Nous ne sommes qualifiés, ni les uns ni les autres, dit-il, pour juger de la valeur de l’Espéranto. Nous ne sommes point des linguistes. » — Et il propose que le congrès se borne à conseiller à tous les camarades l’étude et la pratique d’au moins une langue vivante.

E. Chapelier.S’il en est ainsi, je demande que le Congrès entende la lecture de mon rapport où j’ai réuni tous les arguments qui militent en faveur de l’Espéranto. Ces arguments n’ont rien d’inaccessible et peuvent être compris par tout le monde. Les nombreux groupes d’espérantistes qui m’ont délégué ici ne comprendraient pas qu’un Congrès anarchiste, dont tous les membres se disent internationalistes, se refusât à m’entendre.

E. Malatesta.Cependant on ne peut demander au Congrès de voter une motion qui n’a pas été préalablement discutée et sur laquelle tous ne sont pas d’accord. Or le temps manque et je crois qu’il serait préférable de voter une résolution se bornant à recommander aux camarades d’étudier le problème d’une langue internationale.

Et l’on met aux voix l’ordre du jour suivant qui est adopté sans difficulté :

Le Congrès, tout en reconnaissant l’utilité d’un mode international de communication, se déclare incompétent, pour juger de la langue internationale proposée (Espéranto).

Le Congrès émet le vœu que les camarades pouvant s’en occuper, étudient le problème d’une langue internationale.

La camarade Emma Goldman, présidente, déclare alors que l’ordre du jour est épuisé et que le Congrès a terminé ses travaux. Et elle invite le vaillant doyen Errico Malatesta à prononcer quelques paroles de clôture.

Source : http://www.archive.org/stream/compterenduanal03unkngoog/compterenduanal03unkngoog_djvu.txt

Malatesta reviendra sur cette question dans son long compte-rendu de congrès publié dans Les Temps Nouveaux. Ce compte-rendu était pour l’essentiel consacré à l’exposition de la controverse sur le rôle des syndicats, dans laquelle il s’opposa en particulier aux conceptions syndicalistes-révolutionnaires de Pierre Monatte. Malatesta reconnaissait l’importance de la question linguistique sur la tenue des débats : « Sur ces questions ainsi exposées par Monatte et par moi s’engagea une discussion très intéressante, quoique un peu étouffée par le manque de temps et la nécessité assomante des traductions en plusieurs langues. »

Mais paradoxalement, il poursuit en notant que « Heureusement les questions qu’on aurait dû encore discuter n’avaient pas grande importance. » Après avoir évoqué l’antimilitarisme et la lutte contre l’alcoolisme, il consacra quelques lignes à l’Espéranto :

« On traita enfin de l’espéranto, thème préféré du camarade Chapelier. Après une délibération, forcément brève et superficielle, le Congrès recommande l’étude de la question d’une langue internationale, quoi que sans donner une préférence exclusive à l’espéranto. Moi qui suis un espérantiste convaincu, je reconnais que le Congrès avait raison. Il ne pouvait délibérer sur ce qu’il ne connaissait pas. »

Source : Les Temps Nouveaux 13, n°23, 5 octobre 1907. Un extrait de cet article est également reproduit sur : http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=645







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