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Lettre de Jean Grave à Eugène Adam (1915)


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Jean Grave (1854-1939)

Nous publions ci-dessous une lettre envoyée pendant la Première Guerre Mondiale par Jean Grave à Eugène Adam. Jean Grave était alors l’un des théoriciens les plus en vue du mouvement anarchiste, et quelques mois plus tard, il allait avec Kropotkine rédiger le tristement célèbre "Manifeste des Seize", plaidant pour le soutien des anarchistes aux gouvernements de l’Entente face au "militarisme allemand". Ce texte allait s’attirer les louanges du Figaro et les foudres des anarchistes restés fidèles à leurs principes, tels que Malatesta. Grave allait aussi s’illustrer en faisant changer les serrures du local où étaient imprimés "Les Temps Nouveaux", pour empêcher ses anciens camarades demeurés à Paris d’usurper le titre du journal en adhérant au Comité pour la Reprise des Relations Internationales, mis en place suite à la conférence de Zimmervald. Cette attitude a contribué à l’évolution idéologique d’Eugène Adam, alors infirmier sur le front, fervent anarchiste jusqu’en 1914, et qui au sortir de la guerre allait adhérer au Parti Communiste et fonder l’Association Mondiale Anationale (SAT) précisément pour grouper tous les révolutionnaires unis par le rejet du nationalisme. Un rejet qui allait aussi se manifester par l’adoption du pseudonyme de "Lanti"...

E. Adam

Clifton, 19/9 1915

Mon cher camarade,

Je crois que voyez les choses trop en noir. Vous n’êtes pas seul à voir comme cela au reste, mais je crois, tout de même qu’il faut espérer. Le travail que nous avons fait ne peut pas être perdu. Et parmi ceux qui réfléchissent, la guerre aura permis de nous faire comprendre.

Et si les camarades ne veulent pas perdre courage, nous pouvons encore travailler l’opinion publique pour qu’elle intervienne en temps nécessaire. La censure devra suivre les allemands lorsqu’ils seront chassés du territoire.

Je n’ai pas, non plus, vu comme vous, le patriotisme se déchaîner à la déclaration de la guerre. - Dans la foule, j’entends. Au contraire. - D’après ce qu j’ai vu et entendu, la guerre était acceptée comme une fatalité, comme la fin d’un cauchemar, dont il fallait sortir d’une façon ou d’une autre, mais non avec enthousiasme.

J’ai assisté à la déclaration de la guerre de 1870. C’était autre chose ; quoique, cependant, une partie de la population était contre. - Mais du côté des chauvins, c’était un triste spectacle.

Enfin, je ne crois pas non plus que, devant les projets hautement avoués du militarisme allemand de dominer l’Europe, les anarchistes devaient rester neutres – ne pouvant faire la révolution, ils devaient partager le sort commun. Que, pour cela, ils avaient mieux que des excuses, mais des raisons, de bonnes raisons.

Et si les camarades qui sont en dehors de la lutte armée, voulaient s’employer, il y aurait moyen de travailler l’opinion pour qu’elle intervienne lorsque ça sera nécessaire – mais je vois que je me répète. Est-ce que je radoterais ?

Pierrot m’écrit que, d’après ce qu’il voit, c’est un dégoût profond du militarisme qui va sortir de tout cela.

Bien cordialement,
J. Grave
2. Hartley Place

Comme militaire, vous pouvez écrire sans affranchir.







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