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Matière à réflexion


Compilation et commentaires de Henri Masson, coauteur de L’homme qui a défié Babel (Éditions Ramsay, Paris. Ouvrage épuisé, seconde édition à paraître chez L’Harmattan avec la première édition de la traduction espéranto) avec René Centassi, ancien rédacteur en chef de l’Agence France Presse et ancien directeur de son bureau de Beyrouth.

Dans un livre intitulé "Linguistic Imperialism" (Oxford University Press) le professeur Robert Phillipson (lecteur d’anglais et de pédagogie des langues à l’Université de Roskilde, Danemark ) analyse en particulier l’"Anglo-American Conference Report 1961", document confidentiel destiné non point au grand public, qu’il convient de ne pas réveiller, mais au British Council. Il apparaît que la propagation de l’anglais ne vise pas seulement à remplacer une langue par une autre mais à imposer de nouvelles structures mentales, "une autre vision du monde" : "l’anglais doit devenir la langue dominante" ... "la langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première mais ensuite l’anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions deviendra la langue primordiale". " The report proclaims that the Center [of English] has a monopoly of language, culture and expertise, and should not tolerate resistance to the rule of English". "Si des Ministres de l’Education nationale, aveuglés par le nationalisme (sic) refusent.... c’est le devoir du noyau des représentants anglophones de passer outre" ("it is the duty of the core English-speaking representatives to override them").


"( ) Il y a un élément de commercialité dissimulé dans chaque professeur, livre, revue, film, programme télévisé, de langue anglaise envoyés au delà des mers Si alors nous sommes en train de tirer un avantage politique, commercial et culturel de l’usage mondial de l’anglais, que faisons-nous pour maintenir cette position ?"
Extrait du rapport annuel du British Council , année 1968-69, page 12


En 1971-72, avant l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun, le 1er janvier 1973, le British Council a reçu 16% de crédits supplémentaires du gouvernement britannique.


"Dopés par un rapport de force de plus en plus favorable, ils [les anglophones] entendent faire triompher leur cause : imposer l’anglais dans la salle de presse de la Commission alors que, par un usage remontant aux origines de la Communauté, seul le français y a droit de cité. (...) Mais la réalité est là : doucement, l’anglais supplante le français au sein de l’Union — la fiction veut que l’UE travaille dans les neuf langues. Et les futurs élargissements ne feront qu’augmenter cette tendance. On l’a bien vu lors de l’inauguration de l’Institut monétaire européen à Francfort il y a quelques semaines : son président, pourtant belge francophone, s’est exprimé, devant les journalistes, uniquement en anglais et, là aussi contrairement aux usages, seule une interprétation en allemand était disponible.
Désormais, la plupart des jeunes fonctionnaires recrutés par la Commission ne parlent plus français, mais anglais en deuxième langue, note un eurocrate. (...)"
Libération , 4 février 1994


"La France a protesté, mercredi, contre la mise à l’écart du français à l’Otan où il est pourtant la deuxième langue officielle. En pleine semaine de la francophonie, la France a réagi devant la plus haute instance politique qui réunit en temps ordinaire les ambassadeurs des seize pays membres. L’Otan utilise quasi exclusivement l’anglais pour transmettre ses informations sur le réseau Internet et lors des discussions au sein de la cellule du "Partenariat pour la paix" avec des pays de l’Europe de l’Est."
Ouest-France , 21 mars 1996


"Madeleine Albright, le Secrétaire d’État américain en tournée chez ses pro-consuls européens affirme : L’un des objectifs majeurs de notre gouverne-ment est de s’assurer que les intérêts économiques des États-Unis pourront être étendus à l’échelle planétaire ."
"Récemment un responsable du département d’État, à qui l’on rappelait que le français est une des langues officielles de l’ONU, répondait : Je pense que c’est une plaisanterie, pourquoi pas le swahili ?"
À gauche , 20 février 1997.


"A Davos, lors du fameux World Economic Forum, le français a été mis au ban des langues admises. Il faut y parler anglais, et nos représentants les plus illustres acceptent ce diktat au nom d’un mondialisme anglo-saxon."
Le Journal des Finances , 22 au 28 mars 1997


"Robin Cook, le nouveau secrétaire au Foreign Office, voit grand. Il veut non seulement rendre à la diplomatie britannique un lustre que l’administration tory avait, selon lui, terni, mais il souhaite aussi que, demain, la Grande-Bretagne mène le monde . Pacifiquement, cela va de soi. Par la seule force de son économie, de son génie créateur, de sa culture et de sa langue."
Le Figaro , 13 mai 1997. J.D.


"Au XXIème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon."
Propos de Mme Margaret Thatcher prononcés aux États-Unis et rapportés par Marianne (31 juillet 2000). La dame dite de fer s’en est violemment pris à la France qui ne veut pas s’aligner docilement sur ce modèle....


"En Corée, nous avons dépensé des sommes énormes d’argent pour apprendre l’anglais. En calculant d’après mon expérience personnelle, j’aurais pu obtenir cinq doctorats si je n’avais pas été obligé d’apprendre l’anglais. "
Réponse de Kin Hiongun, chercheur coréen, à l’occasion d’une enquête de la BBC auprès de ses auditeurs sur l’anglais comme unique langue officielle de l’Union européenne (37% contre et 63% pour), en juin 1998. Source : le site web de la BBCwww.news.bbc.co.uk/hi/english/talki...


"Il y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ; que, s’il s’oriente vers des normes communes en matière de télécommunications, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines ; que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains ; et que, si s’élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les Américains se reconnaissent".
David Rothkopf, directeur général du cabinet de consultants Kissinger Associates, cité dans Le Monde Diplomatique , août 1998.


Un espérantophone américain a informé ses amis et correspondants, en 1998, qu’il avait obtenu un poste dans une université de l’Illinois qui avait eu onze Prix Nobel. Autrement dit, bien plus que n’en ont eu la plupart des pays...


"Si de nombreux diplomates et fonctionnaires internationaux d’origine américaine et africaine sont soucieux de la défense de la langue française à l’Organisation des Nations unies, on ne peut que constater le nombre important de personnalités françaises ou belges ou originaires de pays où le français était traditionnellement enseigné qui ne s’expriment à la tribune des Nations unies que dans un anglais souvent médiocre, quand ce n’est pas en franglais" .
Isabelle Vichniac : "Débâcle de la francophonie dans les instances onusiennes", Le Monde , 19 décembre 1998.


Les langues représentent sans doute entre 10 et 20 % de l’effort de formation global des entreprises, estimé à 32 milliards de francs au total. "Beaucoup de patrons disent vouloir des gens bilingues alors que, dans la plupart des cas, ils n’ont pas besoin de l’anglais au quotidien. Or ils vont en même temps jusqu’à faire perdre leur compétence à leurs cadres par manque de pratique !"
D’après Le Point , 17 avril 1999


"Tandis que le gouvernement français a par exemple subventionné les cours de graffitis qui défigurent nos murs, il refuse d’affecter le moindre sou à un mouvement vraiment culturel, reconnu comme tel par l’UNESCO et l’ONU
"Le Rotarien ", septembre 1999 : article de quatre pages signé par Eskil Svane, Danois résidant en France, sur les problèmes de communication linguistique et l’espéranto. Ceci cadre parfaitement avec l’attitude de Mme Trautmann, ministre de la Culture : elle n’a pas daigné assister à l’ouverture du congrès mondial d’espéranto qui, sans interprètes ni frais de traduction, s’est tenu en 1998 à Montpellier avec 3300 participants de 72 pays. Salué tous les ans par le Secrétaire Général de l’ONU et par le Directeur Général de l’UNESCO, y compris des consuls et des ambassadeurs de divers pays (il est même arrivé qu’un ambassadeur des États-Unis fasse son discours en espéranto !) un tel événement, ne méritait-il pas une attention au moins égale à celle qu’elle avait accordé à un rassemblement de musique techno auquel elle avait participé ?


"Les motifs d’inquiétude et d’angoisse ne manquent pas quant à l’avenir et au rayonnement de notre culture face à ce que MM Claude Allègre et Pierre Moscovici ont appelé cette extraordinaire machine d’invasion intellectuelle que constituent désormais les États-Unis " .
Conclusion de l’Avis n 1863 (14.10.1999) de la Commission des Affaires étrangères sur le projet de loi de finances pour 2000.


Source : site de l’Assemblée nationale http://www.assemblee-nationale.fr
Le ministre Claude Allègre avait dit, en août 1997, "Il ne faut pas compter l’anglais comme une langue étrangère" , mais le français est bien parti pour le devenir dans les pays francophones...


"Dans les cabinets des vingt commissaires, l’Angleterre se taille la part du lion avec huit postes de direction, trois chefs de cabinets (l’équivalent de nos directeurs de cabinets ministériels) et cinq postes d’adjoints. La France, elle, n’en a obtenu que trois. Les Allemands quatre."
( ...) "L’anglais est devenu de fait la langue officielle, ce n’est plus le français, en réalité ça l’était de moins en moins, il y a eu accélération. Ricardo Levi, le porte-parole de Romano Prodi, ne s’exprime plus qu’en anglais alors qu’il parle très bien notre langue. Et Neil Kinnock, qui ne le parle pas, s’est opposé à la nomination d’un Français au poste de porte-parole adjoint."
Catherine Nay dans Valeurs Actuelles (2-8 oct.1999). En plus du portefeuille de la vice-présidence de la nouvelle Commission européenne, l’Anglais Neil Kinnock a en effet obtenu celui de la Réforme de la Commission.


"La présidente du Parlement européen est accusée par Charles Pasqua de faire la part belle à l’anglais au détriment du français dans les documents de l’Assemblée européenne. Mais c’est la faute des Français. A la dernière réunion des présidents de groupe, celui du M. Pasqua était représenté par ... un Irlandais."
Catherine Nay dans Valeurs Actuelle s (9-16 octobre 1999)


"[le président de la Commission] Romano Prodi a ainsi payé la dette qu’il avait envers son complice de la troisième voie Tony Blair qui l’avait aidé à se hisser à la tête de la Commission". "Prodi a consacré deux catégories d’Européens : d’un côté les aristocrates — les Britanniques et ceux qui parlent la langue de l’empire — et, de l’autre, les parias." (...)
El Païs , repris par Courrier International du 7 au 13 octobre 1999. Commentaire du Courrier : "Et dire que la réorganisation de la Commission est dirigée par un anglophile notoire, l’italien Ricardo Levi, secondé par deux anglophones."


"Quelle mouche a donc piqué Christian Noyer ?
Lundi après-midi, le vice-président — français — de la Banque centrale européenne (BCE) était auditionné par la commission des affaires monétaires du Parlement européen, à Bruxelles. Quelle ne fut pas la surprise des — rares — députés français présents de l’entendre s’exprimer en anglais alors que la traduction simultanée était disponible dans toutes les langues de l’Union. Le vice-président de la Commission, le français William Abitbol (groupe Pasqua-Villiers), s’étonna de cet accès d’anglophonie alors qu’un seul pays de la zone euro s’exprime en anglais, l’Irlande et ses quelque 4 millions d’habitants

Plus sérieusement, l’eurodéputé s’est demandé si le dialogue avec les opinions publiques, que la BCE appelle de ses voeux, aura uniquement lieu en anglais, ce qui promet. En fait, Christian Noyer est représentatif de l’élite française, la quasi-totalité des fonctionnaires hexagonaux présents dans les institutions européennes a depuis longtemps rendu les armes face à la langue anglaise, au-delà des discours incantatoires sur la défense du français ."

"Libération ", 20 septembre 1999, Jean Quatremer : "Quand l’élite hexagonale méprise le français " Dans un autre article du même numéro, intitulé "God save the Commission européenne" et sous-titré "Des Britanniques obtiennent des postes clés, la langue anglaise prévaut", le même journaliste conclut : "La Grande-Bretagne, comme on le soupçonne à Bruxelles, pourrait bien profiter de cette redistribution des rôles. Pas mal pour un pays qui a toujours été en marge de la construction européenne et qui n’est pas près de rejoindre l’euro."
En somme, la boucle est bouclée, et ceci nous ramène à l’extrait du rapport du British Council...


"Le coût du multilinguisme
(A propos de l’argument de certains députés européens selon lesquels "l’argument de coût n’intervient pas dans le débat" ) :
"Le débat avait donc été vite clos et ne s’ouvrira vraisemblablement à nouveau qu’avec les prochaines adhésions. Peut-on néanmoins braver l’interdit et tenter d’évaluer l’argument ? Car s’il ne compte pas, il coûte néanmoins. Mais force est de reconnaître que la tâche est difficile, tant les ramifications du multilinguisme et les réticences pour évoquer ce sujet tabou sont nombreuses. D’ailleurs, selon un haut fonctionnaire européen, ’le chiffre n’est pas connu, ou s’il l’est, le secret est bien gardé’."
Nicolas-Jean Brehon : "Le coût du multilinguisme", rubrique "Dans les coulisses de l’Union". Supplément "Économie" du Monde (30 novembre 1999).
Il est hors de doute que, malgré le budget consacré à l’enseignement des langues (question qui ne préoccupe guère les pays anglophones puisqu’on se bouscule pour apprendre la leur !), et celui qui est englouti dans les services de traduction, le problème de Babel existe bel et bien.
Et au lieu de préserver les richesses de Babel, la politique linguistique actuelle accroît ses méfaits.

Et la démocratie dans tout ça ?
L’Europe des 22 langues sera sans voix "L’élargissement de l’Union européenne à l’Europe centrale va poser de manière brutale le problème de la langue des Européens. Comment faire pour que cette tour de Babel, qui comporte aujourd’hui 11 langues officielles — 22 demain, sans compter les langues régionales —, puisse éviter une cacopho-nie paralysante ? Dans l’Union d’aujourd’hui, avec ses quinze pays, les coûts de traduction absorbent déjà des sommes énormes. Mais l’utilisation de toutes ces langues a bien d’autres inconvénients. Le président du Parlement européen, l’Espagnol Gil-Robles, reconnaissait récemment qu’elle rendait très difficiles de véritables débats publics, médiatisables, au sein de l’Assemblée européenne, qui souffre d’un déficit de reconnaissance dans l’opinion."
Le Monde de l’Éducation , fév. 1998.


Combien ça coûte ?

"Word mountains are costing us a fortune" (Des montagnes de mots nous coûtent une fortune)
The European , 20-22 décembre 1991, par Roman Rollnick. Il ressortait alors que chaque mot prononcé coûtait 2 francs français et que le coût avait doublé en dix ans.


"Le coût du multilinguisme

(...) Sur la base d’information partielles communiquées par les différents services, le coût annuel serait de 700 millions d’euros, mais il existe un certain flou sur ce sujet. Selon la dernière estimation officielle du PE en 1989 (avec neuf langues), le coût du multilinguisme était de l’ordre de 2% du budget total de l’Union, ce qui représenterait aujourd’hui près de 1,7 milliard d’euros (11 milliards de francs). Selon une source officieuse, ce chiffre devrait être légèrement supérieur, de l’ordre de 2,1-2,2%, soit 1,8 milliard d’euros (12 milliards de francs), car le coût croit avec le nombre de langues. Neuf langues permettent 72 combinaisons linguistiques ; 11 langues, 110 ; et 17 langues, 272 combinaisons. D’ores et déjà, un quart des hauts fonctionnaires de la Commission sont traducteurs ou interprètes. Et une langue supplémentaire à traiter nécessite 30 interprètes et 50 traducteurs."

Le Monde , 30 novembre 1999. Nicolas Jean Brehon : "Le coût du multilinguisme" Considérant qu’une langue est vouée à la disparition à partir du moment où elle n’est plus parlée par les enfants, le linguiste Michael Krauss, de l’Université d’Alaska estime que 95% des langues disparaîtront durant les cent prochaines années, c’est-à-dire qu’il n’en restera plus que 300 sur les 6000 aujourd’hui recensées.


"Avec le français ou l’anglais, on oblige les indigènes à penser à l’occidentale. De plus, c’est l’étude des langues actuelles qui permet de remonter aux origines du langage. Avec 5% du puzzle, on souhaite du courage aux futurs linguistes."
Charlie Hebdo , mars 1998, Antonio Fischetti : "L’épuration linguistique".


"Les explications ont été difficiles. Epuisés et parlant mal l’anglais, les rescapés ont eu le plus grand mal à raconter le drame."
La République du Centre-Ouest , 15 juin 1998, à propos de la disparition en mer d’Éric Tabarly.


"Tous ont envie de parler, de raconter en détail, dans un anglais approximatif, le cauchemar qu’ils viennent de vivre au large du Finistère."
Ouest-France , 13 décembre 1999, à propos du naufrage du pétrolier Erika
Air connu : "Tout le monde parle anglais !"
A la question "Parlez-vous anglais lors de vos séjours à l’étranger ?", lors d’un entretien accordé à "Mon Quotidien" (25 septembre 1997), journal destiné aux enfants de 10-15 ans, le Président Jacques Chirac avait répondu : "Oui, avec mes amis, mais jamais dans les discussions officielles, car je ne parle pas parfaitement cette langue et ce serait un handicap. Pour les sujets sérieux, il faut être sûr d’être bien compris".
Lors d’une visite à New York, après l’attentat du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, après avoir prononcé quelques mots en anglais, Jacques Chirac s’est humblement excusé de poursuivre en français après avoir avoué "my English is not very good".


A son retour du sommet de Kyoto, Dominique Voynet avait déclaré au "Journal du Dimanche" (JDD, 14 décembre 1997) : "Toutes les discussions techniques se sont déroulées en anglais, sans la moindre traduction, alors qu’il s’agissait d’une conférence des Nations unies. Trop de délégués ont été ainsi en situation d’infériorité, dans l’incapacité de répondre efficacement, de faire entendre leurs arguments".


Dans son numéro du 20 juin 2001, sous le titre "Des trafiquants européens se font du blé avec du faux bio", "Le Canard Canard Enchaîné" a raconté comment des négociants ont pu revendre comme "blé biologique" à 250 FRF le quintal, un blé ordinaire acheté 70 FRF le quintal à des agriculteurs : "Benoît de Lovinfosse, dirigeant de la société tourangelle "Green Negoce", par ailleurs consul honoraire belge, a mis au point une technique originale. Il achetait du blé ordinaire à des agriculteurs de la région Centre en leur faisant signer un drôle de papier. Interrogés par les enquêteurs, ces fermiers ont déclaré qu’ils croyaient accepter une sorte de charte de qualité rédigée en anglais. En fait, ils certifiaient, sans le savoir, que leur exploitation était une ferme biologique. A l’arrivée, les agriculteurs se retrouvaient donc seuls responsables de la fraude..."


Le 7 novembre 2001, dans sa rubrique "Tout peut arriver", "Ouest-France" a exposé le cas d’un routier allemand arrêté un dimanche pour un contrôle près de la frontière suisse. Voici la scène : L’Allemand ne parle pas l’italien. Les policiers italiens ne parlent pas l’allemand. Confiant, sûr de lui, le routier présente les papiers du véhicule sur lesquels le mot "Laden" attire l’attention des policiers. Le chauffeur est emmené au poste pendant que des démineurs et des policiers inspectent le camion. Il n’est relâché qu’au bout de dix heures de garde à vue, lorsqu’un interprète est enfin trouvé et fait comprendre que le mot allemand "Laden" n’a rien de suspect.

Remarque : O.-F. donne de "Laden" une traduction erronée : "chargement", qui se traduit en fait par "Ladung" (ou "Das Laden" pour l’acte). "Laden" (maj.) signifie "magasin" (boutique) ou "volet", "contrevent", alors que "laden", "beladen", "aufladen" signifient "charger" (un camion ou un fusil).


"Choses vues au Parlement européen L’ordre du jour des travaux est fixé plusieurs jours avant la séance par la conférence des présidents de groupe, mais il est généralement chamboulé la veille. Qu’importe : on ne reçoit les documents (textes et amendements) — souvent plus de 100 pages — que la veille au soir, parfois même à l’ouverture de la séance, et pas toujours à temps.

( ) Débats ? Plutôt une succession de monologues lus dans un hémicycle désespérément vide."
Extrait d’un article d’Alain Krivine, député européen et porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire, dans "Le Monde", 12 janvier 2000. C’est là un problème particulièrement grave qui va bien au-delà de l’appartenance politique de l’auteur : où est la démocratie dans tout cela ? La traduction des documents en plusieurs langues ne permet pas de les procurer en temps utile aux élus, pas même en français. Comment voter sur un dossier dont ils n’ont pas pu prendre connaissance ? Doit-on s’étonner du taux élevé d’absentéisme face à une telle mascarade ? Ce Parlement ne serait-il qu’un autre "machin" ?


"1) Un bébé met deux ans pour parler un peu. Pendant deux ans, il a entendu du français jour et nuit avant d’être capable de faire des phrases, et vous voudriez que votre enfant, à raison de trois heures de langues vivantes par semaine, noyées dans un océan de français et dans des classes de trente élèves, parle couramment une langue étrangère ? Utopie.

2) Je mets en cause les méthodes pédagogiques imposées par les instructions ministérielles et auxquelles doivent se soumettre les profs de langues. Ces méthodes, conçues pour réaliser l’irréalisable, sont catastrophiques. (...) Nous, profs de langue, sommes les victimes de linguistes distingués, dont la valeur n’est pas en cause, mais qui ne sont pas en prise directe avec nos lycéens."
Georges Cohen, professeur d’italien ("Le Nouvel Observateur" , 8-14.10.1998)


" Les élèves suédois parlent le mieux l’anglais, mais les Anglais ne les comprennent pas " Ce gros titre est celui d’un article d’Anna Lena Wik-Thorsell publié dans le quotidien suédois "Svenska Dagbladet" (28 mai 1975). "Les élèves suédois obtiennent les résultats les plus élevés quand ils parlent l’anglais à l’école. Évalués avec les tests internationaux, ils sont très bien placés, aussi bien dans l’école de base qu’au lycée. Mais quand ils arrivent en Angleterre, même pas la moitié des élèves de l’école de base peuvent se faire comprendre. Quand ils terminent leurs études au lycée, un quart des lycéens peuvent difficilement parler anglais d’une manière que les Anglais jugent convenable." Il convient de souligner que le suédois, langue germanique comme l’anglais, est linguistiquement très proche de celui-ci.


"Nous, les Suédois, avons tendance à surestimer nos connaissances linguistiques, en particulier en anglais, mais nous sommes insuffisants lorsqu’il s’agit d’un raisonnement nuancé. Nous courons le risque de dire ce que nous pouvons mais pas ce que nous voulons."
Margareta Westman, une responsable du Comité linguistique suédois ("Svenska Dagbladet", 24.10.1993)
"Il y a une différence entre commander une bière dans un café en anglais et conduire des négociations autour de la table d’un conseil d’administration. Ceux qui peuvent utiliser leur langue maternelle dans leur travail peuvent le prendre en main, à la fois pratiquement et psychologiquement.

L’enseignement en anglais au niveau du lycée est une invention déplacée qui devrait cesser. Cet enseignement sera de plus en plus mauvais, car le professeur ne maîtrise pas l’anglais aussi bien que le suédois. Les professeurs ne sont pas aussi bons [en anglais] qu’ils le croient. Ils seront handicapés dans leur enseignement, comme s’ils avaient les mains liées dans le dos. (...) Tous pensent que l’anglais est nécessaire et incontournable ; à vrai dire, personne ne s’y oppose en principe. Au commencement, les contacts avec la langue internationale sont marqués du triomphe heureux de l’innocence : c’est si amusant d’être international, regardez comme nous sommes bons en anglais ! Ainsi, peu à peu, on prend conscience du problème : on devient un peu plus sot quand on ne peut pas utiliser sa langue maternelle."
Olle Josephson, chef intérimaire de l’Autorité linguistique suédoise sur http://www.svd.se/ du quotidien "Svenska Dagbladet" (rubrique "Språkspalten"), 28.11.2001


"Comme professeur de langues, j’étais très sceptique à propos de l’espéranto jusqu’à ce que je me trouve, il y a quelques années, devant un groupe de professeurs d’espéranto afin de faire une conférence sur la pédagogie des langues. Je constatai alors que cette langue que l’on dit "artificielle" était utilisée avec élégance par les participants entre eux et aujourd’hui — après avoir été professeur depuis quatre ans à l’École Supérieure Populaire de Karlskoga, dans la section Espéranto —, je sais qu’elle fonctionne aussi bien que toute autre langue."
Lars Forsman, "Svenska Dagbladet" , 15.11.1991"


"Le cynisme au sujet de l’espéranto a fait partie de notre éducation" .
Professeur Robert Phillipson, chef du département des langues et de la culture de l’Université de Roskilde (Danemark)


"L’anglais est la langue de l’international dans un monde où le capitalisme a globalement battu le communisme et où les économies capitalistes des pays anglophones sont de plus en plus mêlées à celles du reste du monde" .
Nick Tate, conseiller du Royaume Uni au cours d’un colloque intitulé l’efficacité de l’enseignement de l’anglais dans l’union européenne. (Paris, 20 et 21 octobre 1997). Le compte rendu de cette séance, présidée par un inspecteur général de l’éducation nationale est disponible sur le site www.education.gouv.fr/dpd/ colloq/d...


"La piste philippine d’Alfred Sirven, l’homme clé de l’affaire Elf, est embourbée. A peine arrivés à Manille, les 3 policiers français de la brigade financière ont commencé, mercredi 22 mars, à éplucher les listes de l’immigration pour savoir si le fugitif n’aurait pas quitté le pays sous une de ses identités d’emprunt. Les limiers français, qui ont apparemment quelques difficultés à communiquer en anglais avec leurs homologues philippins, ne semblent pas — à en croire ces derniers — disposer d’un dossier très fourni sur la cavale philippine de l’ancien directeur d’Elf... "
Article de Philippe Pons dans Le Monde, 24 mars 2000.


À lire aussi
En français :
Le défi des langues — Du gâchis au bon sens, par Claude Piron, ancien traducteur polyvalent (anglais, espagnol, russe et chinois) de l’ONU et de l’OMS. Éditions L’Harmattan.
Du même auteur chez SAT-Amikaro : Communication linguistique — A la recherche d’une dimension mondiale .
En anglais :
About the Language Problem : <http://www.geocities.com/c_piron>







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