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Le modèle suisse sidère...


En matière de communication linguistique dans l’Union Européenne, certains politiciens sont fascinés par le modèle suisse : chacun devrait apprendre et parler la langue des autres. Pas plus que le traité de Maastricht, aucun n’a prévu une situation mettant non point trois ou quatre langues en présence, mais onze, voire quinze et plus. Le modèle suisse appliqué à l’Europe conduit à un suicide culturel.

Le rejet a priori d’une langue commune anationale conduit à une langue unique : le Bad English. Nous en percevons déjà les effets. Un président de Conseil régional des Iles Anglo-normandes n’a-t-il pas répondu, à propos de la situation linguistique : "Ma grand-mère ne parlait que le français. Moi, comme vous pouvez le constater, je suis bilingue. Mes fils ne pratiquent désormais que l’anglais."

Les programmes Erasmus et Lingua ne profitent qu’à une infime partie des jeunes Européens : 1,5%. Prélude à l’écrasement de la diversité culturelle, ils ne font que renforcer - à grand frais - les langues fortes au détriment des plus faibles. "Le multilinguisme intégral est le prix à payer pour l’Europe. Mais on arrive à des limites", affirme un eurocrate qui ajoute : "Si on veut que la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie ou la Slovaquie entrent dans l’Union, il faudra revoir les traités."

Sa réponse est rapportée par André Riche dans le quotidien bruxellois "Le Soir" (4 et 5 mars 95) sous le titre "Onze langues à table : la saturation ébranle un fondement de Babel". L’attitude de ce responsable européen, qui a demandé l’anonymat "tant le sujet est tabou" (!), constitue un aveu : il y a quelque chose à cacher aux Eurocitoyens. Les tabous ne sauraient résoudre les problèmes. Des journalistes ont le courage, sinon de dénoncer, au moins de dévoiler des situations et des pratiques scandaleuses. Sous le titre "Cacophonie à quinze" un article de Jean-Michel Demetz ("L’Express", 16.02.95) présente un spectacle effarant :

"L’Union, avec 4 000 interprètes et traducteurs - un eurocrate sur trois - avait déjà le plus grand service de traduction au monde. Que voici condamné au gigantisme. A quel prix ? Une journée d’interprètes pour 11 langues coûte 120 000 francs. Aucune salle, à l’heure actuelle, n’est conçue pour accueillir plus de 9 cabines. Et l’on n’a toujours pas trouvé d’interprète finnois vers le grec..."

Même son - et ce n’est pas celui d’une cloche ! - dans "Valeurs Actuelles" (15 avril 95) où Catherine Nay, directeur-adjoint de la rédaction "d’Europe 1", rapporte que "Tous les candidats sont d’accord pour dire qu’ ëil faut élargir l’Europe’, mais savent-ils quel casse-tête est déjà cette Europe à quinze avec ses onze langues officielles. On risque un problème institutionnel majeur à terme."

"La Croix - L’Evénement" (1-2-95) nous apprend par ailleurs qu’à l’ONU "Dix millions de dollars (53 millions de francs) seront dépensés pour les seules traductions et impressions des documents. Mais 1% seulement du budget de l’ONU va au Centre des droits de l’homme, ce qui est très insuffisant, à déclaré M. Palthe."

L’Union Européenne est malade de la babélite, tout comme le sont, malgré un nombre moindre de langues officielles, l’ONU et l’UNESCO.

N’y a-t-il pas une autre solution ? Même si ce n’est pas toujours avec bienveillance, le mot "espéranto" est évoqué de temps à autre. L’attitude d’Umberto Eco a évolué de l’ironie et la condescendance à l’estime à partir du jour où il s’est rendu compte que l’espéranto était autre chose que ce qu’il pensait, que ce n’était plus une utopie. Voilà pourquoi nous devons persévérer.

Henri Masson
Paru dans le Service de Presse de SAT-Amikaro n° 502, juin 1995



Le modèle suisse n’est pas exportable

Enseignante de langues, spécialiste en éducation interculturelle, auteur d’un guide pratique de 280 pages paru sous le titre Les échanges de classes clé en main salué par le corps enseignant suisse, secrétaire de SAT-Amikaro pour la Suisse romande, Mireille Grosjean a tenu à apporter quelques précisions suite à l’article "Le modèle suisse sidère" ("Service de Presse" de SAT-Amikaro, n° 502, juin 95) :

"« Chaque Suisse s’exprime dans sa langue maternelle et se fait comprendre de ses concitoyens » in "La Suisse, un défi", ouvrage publié par la Conférence des Directeurs de l’Instruction Publique (CDIP), Berne 1987, p. 100. Cette citation définit le « modèle suisse », principe de communication que ce petit pays tente d’introduire sur son territoire mais qui est en fait réservé à un nombre restreint de congrès d’intellectuels. En effet, peu de Suisses francophones, les Romands, comprennent l’allemand d’une manière satisfaisante et la plupart n’ont de l’italien que de rares notions glanées au cours de vacances en Italie. Les Suisses germanophones, les Alémaniques, sont à peine meilleurs. Les Suisses italophones, Tessinois et habitants de certaines vallées grisonnes, sont mieux lotis car l’enseignement des langues est particulièrement poussé dans ces régions. Dans les rencontres au niveau fédéral, ils s’expriment souvent en allemand ou en français.... Durant les sessions du gouvernement fédéral à Berne, les députés ont la possibilité d’utiliser la traduction simultanée, mais éprouvent une certaine gêne à le faire. Ils se contentent donc de mal comprendre leurs collègues. On le voit, si la Suisse est un pays plurilingue, les Suisses ne sont pas tous polyglottes !

Notons encore que le texte cité ci-dessus ne fait aucune référence aux étrangers établis en Suisse (18% en moyenne de la population résidente) dont une grande partie utilise une langue autre que les trois langues officielles suisses.

Comprendre deux langues étrangères, compétence possible à certaines personnes, mais qui nécessite un gros investissement de temps. Ce système ne donne donc pas entière satisfaction. Il reste réservé à une élite. Quant à son « exportabilité », elle pourrait s’envisager vers des pays qui reconnaissent deux ou trois langues officielles, mais en aucun cas vers des organes européens utilisant onze langues ! « Le procédé suisse » serait une formule plus adéquate, car qui dit modèle dit suggestion d’imitation."

Paru dans le "Service de Presse" de SAT-Amikaro, n° 503, juillet 1995







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