A quand le bon sens dans la communication internationale ?

Publié le dimanĉo 4a aŭgusto 2002 par admin_sat , mis a jour le merkredo 18a majo 2005

Or, ces chiffres astronomiques débouchent sur une communication de piètre qualité :

- on a besoin de micros et d’écouteurs ;

- malentendus et omissions abondent ;

- beaucoup de participants à la vie internationale sont acculés à s’exprimer dans des langues qu’ils maîtrisent mal et sont donc désavantagés dans toute négociation serrée ;

- la traduction des documents implique des délais considérables.

Ceux qui subissent ces inconvénients sont pourtant les privilégiés de la communication : délégués et représentants d’Etats ayant des équipes linguistiques à leur service. Pour le commun des mortels, la communication est nulle ou de niveau très médiocre. Dans d’innombrables cas (touristes en mauvaise posture, contacts médecin-malade dans un pays dont on ignore la langue, réfugiés...), le manque de moyen commode de communication suscite des problèmes agaçants ou douloureux. Mais au lieu de présenter honnêtement la situation, notre société fait tout pour la dissimuler. On nous fait croire :

1. qu’il n’y a pas de problème, l’anglais étant utilisé partout ;
2. qu’on peut apprendre les langues à l’école ;
3. que les inconvénients du système actuel sont d’importance secondaire ;
4. qu’il est impossible de s’organiser autrement.
Aucune de ces affirmations ne résiste à la vérification.

En fait :

1. Si la connaissance quasi-universelle de l’anglais résout le problème, pourquoi faut-il consacrer tant de milliards à la traduction et à l’interprétation ?
Il ressort d’une enquête récemment menée en Europe occidentale que seuls 6% de la population comprennent réellement cette langue [1]. La solution par I’anglais n’est qu’un mythe.

2. L’enseignement scolaire des langues ne conduit pas à leur maîtrise, car pour posséder une langue étrangère il faut transformer en réflexes des centaines de milliers, voire des millions de détails dépourvus de valeur informative, et l’école ne pourra jamais consacrer à cette seule activité tout le temps nécessaire. En France, au niveau du bac, un jeune sur cent seulement est capable de s’exprimer correctement dans la langue apprise [2]

3. La traduction et l’interprétation sont des activités économiquement et socialement stériles. Or, les montants affectés à une activité ne sont plus disponibles pour une autre. Cette lapalissade doit être répétée, car les États n’en tiennent aucun compte. Exemple : les États-Membres de l’OMS, à la session même où ils accordaient une rallonge annuelle de 5 millions de dollars aux services linguistiques, écartaient faute de fonds (!) un ensemble de projets réalistes, bien étudiés, destinés à améliorer la santé en Afrique et ne demandant au total que 4,2 millions de dollars [3].

4. Lorsque des personnes de langues différentes veulent communiquer, elles ont le choix entre divers systèmes variant suivant la situation et leurs compétences linguistiques : gestes, baragouinage, anglais, interprétation simultanée, espéranto, etc. Si l’on étudie le rapport efficacité/coût pour chacune de ces méthodes, on s’aperçoit qu’il en existe une, et une seule, qui assure une communication d’excellente qualité pour un investissement minime en argent, en temps et en effort. Cette formule :

- élimine complètement le coût de la traduction et de l’interprétation ;

- met les partenaires sur un pied d’égalité ;
ne nécessite aucun délai pour la transmission des documents ;

- permet la communication confidentielle (contrairement au passage par un interprète) ;

- favorise l’aisance dans l’expression ;

- respecte l’identité ethnique, nationale et culturelle de chacun ;

- stimule la connaissance mutuelle des cultures ;

- permet mieux que les autres l’expression spontanée des sentiments et le dialogue coeur à coeur entre personnes de langues différentes.

Cette formule, c’est l’espéranto. Sa supériorité par rapport aux autres systèmes est facile à vérifier dans la pratique [4].

De quel droit la dissimule-t-on ? La justice exige qu’on ne prononce pas de verdict avant d’avoir étudié les faits avec sérieux Mais aucun gouvernement n’a jamais permis à ses citoyens de juger en pleine connaissance de cause.
Jamais un gouvernement n’a dit : ìNous utilisons des milliards que nous prélevons chez vous, contribuables, pour des activités stériles de traduction et d’interprétation. Êtes-vous d’accord ? Ou préféreriez-vous que nous organisions la communication linguistique de façon moins aberrante, de manière à libérer ces fonds pour des activités propres à accroître le bien-être des populations ?

Jamais un gouvernement n’a dit : "90% d’entre vous choisissez l’anglais comme langue à enseigner à vos enfants. Sachez que la grande majorité d’entre eux ne le posséderont jamais. Par contre, si nos divers Etats se coordonnaient pour organiser l’enseignement de l’espéranto, au bout d’une année scolaire (avec le même nombre d’heures hebdomadaires que pour l’anglais), vos enfants pourraient communiquer d’un pays à l’autre avec l’aisance qui est la leur dans leur langue maternelle : la barrière des langues n’existerait plus. Ils pourraient alors étudier d’autres idiomes, non pour acquérir un moyen mondial de communication ? cette fonction serait réservée à l’espéranto ? mais à titre d’enrichissement culturel, pour découvrir un autre univers, pénétrer une autre mentalité, mieux comprendre tel ou tel autre peuple".

Pourquoi les gouvernements ne jouent-ils pas cartes sur table ? Pourquoi nous cachent-ils la vérité ?
Le moment n’est-il pas venu de les acculer à une politique honnête et intelligente en matière de langues ? De remplacer la gabegie par le bon sens ?

Claude Piron,
Ex-Chargé d’enseignement l’Université de Genève,
Ancien traducteur à I’ONU et à I’OMS