Quelle langue pour la culture de la Paix ?

Publié le dimanche 11 août 2002 par admin_sat

Il est certes toujours préférable de parler aux autres dans leur propre langue, mais il y a des milliers de langues et le nombre de celles que l’on peut apprendre, même dans toute une vie, est très limité. Le développement d’une culture de la Paix passe par l’addition et la coordination de diverses démarches, d’efforts, d’actions et d’initiatives allant en ce sens. L’espéranto est un moyen parmi d’autres d’y parvenir. Sa supériorité, par rapport à des langues beaucoup plus parlées, est d’offrir la solution la plus économique, la plus facile et la plus rapide à mettre en oeuvre dans un programme qui viserait à résoudre les problèmes de communication mondiale. Des moyens seraient ainsi libérés pour faire régresser en même temps l’analphabétisme et l’illettrisme qui constituent des obstacles à la culture en général et à la culture de la Paix en particulier. L’espéranto peut être une langue de synergie en ce sens qu’il a l’avantage d’être rapidement accessible au plus grand nombre et surtout d’introduire un principe d’équité. En effet, il est vain d’espérer la Paix dans un monde d’inéquité et où la première inéquité consiste à contraindre 92% de la population mondiale à s’exprimer dans une langue étrangère. Les natifs anglophones représentent 8% de l’humanité, et les cinq pays anglophones associés dans le programme d’espionnage "Echelon" - États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande et Australie - représentent moins de 400 millions d’habitants, soit aux alentours de 6% de la population mondiale. Plus de 6 600 000 Canadiens francophones, auxquels il y a lieu de penser que leur avis ne leur a jamais été demandé, sont d’ailleurs inclus dans la population du Canada.
A la question d’une langue pour la culture de la Paix, on peut donc répondre :

- la langue dont l’esprit est conforme à celui de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en matière d’égalité en dignité et en droits,

- la langue qui est libre de tout lien avec quelque puissance que ce soit,

- la langue qui ne privilégie pas un groupe au détriment des autres et qui représente de ce fait un progrès sur la voie de l’équité,

- la langue qui n’écrase pas les autres et qui ne sert pas d’instrument de domination,

- la langue par laquelle le dialogue entre personnes qui n’ont aucune langue commune s’établit le plus facilement, dans les meilleurs délais et à moindres frais,

- la langue dont la mise en oeuvre dans la communication entre les peuples pourrait être rapide et exigerait le moindre effort financier pour le meilleur niveau d’échanges,

- la langue qui fait aimer les autres langues et dont l’étude facilite celle des autres,

-  la langue qui, de par ses origines et sa vocation, porte en elle les principes mêmes d’une culture de la Paix.

La seule langue qui réponde à ces critères est l’espéranto.
Il est certes indéniable que l’anglais est la principale langue utilisée par l’ONU et par de nombreuses organisations qui oeuvrent dans le sens de la Paix, mais, lorsqu’il s’agit des multitudes, ce n’est certainement pas la langue qui convient. Il ne peut y avoir de culture de la Paix là où l’accès est réservé à une frange étroite de la société. Il est illusoire de penser qu’une situation d’inéquité criante et croissante puisse mener à la Paix.
Ceci dit, chacun doit utiliser les langues qu’il connaît au service de la culture de la Paix, y compris l’anglais. L’anglais a évidemment son utilité, y compris pour faire connaître l’espéranto ! Mais il importe de ne pas oublier que sa promotion exclusive et son utilisation systématique favorisent en même temps un déséquilibre préjudiciable pour la Paix.

Il faut par ailleurs se garder d’idéaliser l’espéranto. Toute idéalisation excessive, en quelque domaine que ce soit, conduit à un aveuglement, à des désillusions et même à des dérives. Même pour ceux qui n’ont pas de sympathies particulières à l’égard de Mikhaïl Bakounine, on ne peut nier que ce qu’il a écrit à propos des croyants sincères de quelque doctrine que ce soit, religieuse ou politique, est hélas d’une brûlante actualité dans certains pays :

"D’abord, sans ces derniers, la puissance des hypocrites, tant religieux que politiques, eut été impossible. Les hypocrites n’ont jamais fondé aucune religion ; ils se sont contentés d’exploiter celles que les croyants sincères ont fondées. L’ardente sincérité des uns a toujours servi de passeport à l’hypocrisie criminelle des autres. (...) Au-dessus du troupeau, et à côté des hypocrites, partageant toujours le pouvoir et la direction de ces derniers, s’élève le groupe terrible des croyants fanatiques et colères. Plus purs parce qu’ils sont infiniment plus sincères, ils sont en même temps et plus malfaisants, et beaucoup plus féroces et hypocrites. L’humanité leur est inconnue, brûlant d’un zèle ardent pour leur Dieu, ils la méprisent, ils la haïssent et ne demandent pas mieux que d’exterminer les hommes par milliers, par dizaines, par centaines de milliers".